18 MARS 2026 11H15: UNE LEÇON DE VIE DE 55 MINUTES À TRAVERS LA GASTRONOMIE : CARLO PETRINI EXPLIQUE AUX JEUNES ÉLÈVES DU LYCÉE RAINIER III DE MONACO COMMENT EST NÉ LE MOUVEMENT SLOWFOOD (VIDEO)
- ROMEO FERRERO

- 18 mars
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Le mercredi 18 mars 2026 a été une journée mémorable pour les élèves du Lycée Rainier III de Monaco. Carlo Petrini, fondateur du mouvement international Slow Food et de l'Université des Sciences Gastronomiques de Pollenzo, était l'invité d'honneur. Il a donné une conférence de 55 minutes sur l'histoire et l'esprit du Slow Food. Le Dr Andrea De Vecchi, nutritionniste et récemment titulaire d'un doctorat en écogastronomie, sciences et cultures alimentaires de l'Université de Pollenzo, a également pris la parole. Il a présenté aux élèves l'offre de formation de l'université, notamment ses cursus de licence, de master et de BTS, ainsi que ses spécificités. Toute personne souhaitant en savoir plus sur cette université fondée par Slow Food, située au cœur des Langhe, dans le Piémont méridional, est invitée à participer aux Journées Portes Ouvertes : voici toutes les informations nécessaires https://www.unisg.it/servizi/giornate-aperte/

En 1986, à Bra, dans le Piémont, Carlo Petrini donna vie à une idée destinée à transformer profondément la manière de concevoir l’alimentation et la culture gastronomique. À une époque dominée par la vitesse, l’industrialisation et l’uniformisation des goûts, naissait la graine de ce qui deviendrait le mouvement Slow Food. L’épisode symbolique qui marqua le début de cette révolution culturelle fut la protestation contre l’ouverture d’un fast-food sur la Piazza di Spagna, à Rome. Petrini et d’autres intellectuels et gastronomes s’opposèrent non pas à un simple établissement, mais au modèle culturel qu’il représentait : une alimentation rapide, standardisée et dépourvue d’identité. En 1987, à travers un manifeste publié dans la revue Il Gambero Rosso, prend forme la philosophie d’Arcigola, le noyau originel de Slow Food. Ce texte place au centre le plaisir gastronomique comme un droit fondamental et invite à redécouvrir les traditions locales, en s’opposant à l’uniformisation du goût imposée par l’industrie alimentaire. Deux ans plus tard, en 1989, à Paris, est signé le Manifeste international de Slow Food. Le message s’élargit alors : la critique de la « fast life » devient une réflexion globale sur la relation entre l’homme, le temps et la consommation. Le mouvement se présente comme une défense du « plaisir lent », conscient et enraciné dans les territoires. Au fil des années, Slow Food se développe jusqu’à devenir un réseau international présent dans plus de 160 pays. Son message se résume dans le célèbre principe : « bon, propre et juste ». Bon, parce que la nourriture doit être de qualité et savoureuse ; propre, parce qu’elle doit être produite dans le respect de l’environnement ; juste, parce qu’elle doit être équitable pour ceux qui la produisent et accessible à ceux qui la consomment. Aujourd’hui, Slow Food représente bien plus qu’un mouvement gastronomique : c’est une philosophie de vie qui promeut la durabilité, la biodiversité et le respect des cultures locales. Dans un monde toujours plus rapide, son invitation reste actuelle : ralentir pour mieux vivre, aussi à table.

Poursuivant sa conférence à l'Auditorium du Lycée Rainier III à Monaco, un événement organisé par Slow-Food Monaco Riviera Côte d'Azur en collaboration avec l'école hôtelière monégasque, Carlo Petrini a pris comme exemple le livre de gastronomie « La Physiologie du goût » de Jean Anthelme Brillat-Savarin, publié en 1825. Bien plus qu'un simple livre de gastronomie, cet ouvrage est une réflexion profonde sur le plaisir, la culture et l'identité humaine à travers l'alimentation. Dans ces pages, l'auteur – magistrat et fin observateur de la société – jette un pont entre science et sensibilité, transformant l'acte de manger en une expérience à la fois intellectuelle et sensorielle. Pour Brillat-Savarin, le goût n'est pas un simple sens, mais une porte d'accès à la connaissance. La gastronomie devient ainsi une véritable science de l'homme, capable d'expliquer qui nous sommes, d'où nous venons et comment nous vivons. Le célèbre aphorisme « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es » résume parfaitement cette vision : la nourriture est identité, culture et mémoire. Mais l'ouvrage ne se limite pas à la philosophie. À travers des anecdotes, des observations et des réflexions, l'auteur explore des thèmes étonnamment modernes : la digestion, les habitudes alimentaires et le lien entre alimentation et santé. Au cœur de son propos se trouve la valeur de la convivialité. Manger n'est jamais un acte isolé, mais un rituel social qui unit, crée des liens et renforce le tissu social. Aujourd'hui, deux siècles plus tard, cet ouvrage continue d'inspirer la pensée gastronomique contemporaine. Son héritage se retrouve dans les mouvements qui prônent le plaisir conscient de manger, le respect des traditions et la lenteur des repas. La Physiologie du Goût demeure ainsi une invitation opportune : celle de redécouvrir le goût non seulement comme un plaisir, mais aussi comme une forme de culture et un art de vivre.

Petrini poursuit : ces dernières années, le sujet de l’alimentation a pris une signification qui dépasse largement la simple nutrition. Manger n’est plus seulement un besoin quotidien, mais un acte profondément lié à l’environnement, à la société et à la culture. Dans ce contexte, les jeunes représentent la génération clé appelée à comprendre et à affronter une vérité fondamentale : les ressources alimentaires de la planète sont limitées. L’un des aspects les plus contradictoires du système alimentaire moderne est le gaspillage. Chaque année, des tonnes d’aliments parfaitement comestibles sont jetées, tandis que des millions de personnes dans le monde souffrent de la faim. Dans ce contexte, le gastronome joue un rôle de plus en plus important et complexe. Il n’est plus seulement un expert en saveurs, techniques et traditions culinaires, mais une figure éclairée capable d’interpréter l’alimentation dans toutes ses dimensions. Le gastronome doit être attentif aux enjeux de durabilité, de gaspillage alimentaire et de qualité des matières premières. Ils doivent s'interroger sur l'origine des ingrédients, les conditions de production et l'impact environnemental de leurs choix alimentaires. Parallèlement, ils ont pour mission d'éduquer et de sensibiliser : par la cuisine, l'écriture ou la communication, ils peuvent transmettre des valeurs essentielles et promouvoir une consommation plus responsable et éclairée. Être gastronome aujourd'hui, c'est donc allier savoir-faire technique, culture et responsabilité sociale. Véritable trait d'union entre tradition et modernité, ils savent valoriser l'alimentation non seulement comme un plaisir, mais aussi comme une ressource précieuse à respecter.





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